Paris, le 04.03.17

Lorsque j’ai vu Anne Willi rentrer dans sa boutique à la Rue Keller 5 à Paris le 4 mars dernier, j’ai immédiatement su que nous allions passer un super moment. Pétillante et smart, Anne m’a accueillie dans son antre comme si nous nous connaissions de longue date. Un lunch et de nombreuses anecdotes plus tard, j’ai eu l’immense b-honneur de découvrir sa collection printemps/été 17 et automne/hiver 17/18 (je vous jure !) dans sa boutique, respectivement son atelier à la rue citée ci-dessus.

Sobre et sexy. Deux termes pour refléter tant la marque que sa créatrice. Il n’y a pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour comprendre les raisons pour lesquelles la marque fonctionne tant au Japon, aux Etats-Unis qu’en Europe. Un style à prime abord classique mais qui regorge de subtilité et de féminité. Chacun des vêtements s’adapte en fonction du jour et de l’humeur de la personne qui va le porter : la robe portefeuille classe au travail, puis festive le soir, les pièces réversibles aux diverses couleurs et tissus…

Franco-suisse d’origine, Anne Willi a grandi à Paris où elle a étudié le stylisme. Dès son diplôme en poche, elle est partie vivre à Tel Aviv et y a créé ses premières collections sous la marque Anne Shimon, avant de revenir à Paris et y développer sa marque actuelle.

Un sacré bout de femme qui mérite son succès plus que florissant. Je recommande à toute personne de la gent féminine d’essayer un jour dans sa vie une pièce Anne Willi : elle lui ira à ravir, cela ne fait aucun doute.

 

Interview d’Anne Willi:

La création de vêtements, une vocation depuis toujours ?

Oui… J’avais 10 ans et j’étais à l ‘école Waldorf-Steiner – une école pédagogique très ouverte sur l’imaginaire et la création et dans le cadre de laquelle nous dessinions tout le temps – où j’ai effectué toute ma scolarité, et c’est venu comme une évidence, je n’ai pas l’impression d’avoir fait un choix, c’est venu à moi !

Adolescente, j’ai donc dessiné et réalisé tous les costumes d’une pièce de théâtre que nous avons joué devant l’école et ainsi mon désir abstrait est devenu réalité par le « faire ».

 

A qui dédies-tu tes créations ?

Je dessine des choses que j’aime et que je porte, je n’ai pas du tout une démarche marketing avec une cible ou un marché… J’essaie juste de dessiner un vêtement dans lequel on se sent belle et heureuse de vivre !

 

 

Comment décrirais-tu ton style ?

Mon style est intemporel même si chaque collection raconte une nouvelle histoire, c’est aussi la continuité de la collection précédente.

Je commence toujours mes collections par le choix des matières: le tissu va me dire en quelque sorte ce qu’il aimerait devenir. Le tombé, la souplesse ou au contraire le structuré ne deviendra pas la même forme.

C’est une partie importante de mon style car mes vêtements sont agréables à porter et suivent la vie d’une femme du matin « au travail » à la soirée qui s’ensuit. J’aime que mon travail accompagne la femme dans sa journée mais aussi entre générations.

Féminine et sensuelle, le corps se devine, s’aperçoit mais laisse l’imaginaire faire le reste…

 

Quelle est la pièce que tu préfères porter et pour quelle raison ?

Les robes, en toute saison ! Les femmes sont belles en robe, ce n’est jamais statique, cela suit le mouvement et révèle notre féminité. J’aime aussi beaucoup les combinaisons issus des vêtements de travail. 

 

 

Une anecdote à nous raconter en relation avec le développement de ta marque Anne Shimon à Tel-Aviv ?

J’ai commencé très jeune en sortant d’ESMOD (l’école parisienne de stylisme modélisme), j’avais 21 ans et un Israëlien de ma classe m’avait proposé de lancer une marque dans son pays. Nous étions jeunes et naïfs et cela nous a donné la force de commencer ce qui semblait irréalisable… Sans argent mais avec un culot et un pays en pleine construction, nous avons ouvert une petite boutique à Tel-Aviv, rue Sheinkin et avons fait des événements étonnants tous les six mois: défilés dans le port de Jaffa, happening dans des quartiers en construction, costumes de danse contemporaine…

C’était l’époque de Rabin, tout semblait possible ! C’était dur, mais formidable aussi.

 

 

Et une autre en relation avec ton vécu là-bas…

Il y en a tant! Je suis rentrée à Paris depuis 19 ans déjà et je garde des amitiés très fortes à Tel-Aviv.

J’y ai appris à ne pas avoir peur d’essayer, à construire sans peur du lendemain: ce pays perpétuellement en guerre a une jeunesse qui va de l’avant et chacun vit le présent intensément car les lendemains sont incertains.

C’est sans doute une leçon pour nous « européens ». Lorsque je suis rentrée à Paris et ai lancé ma propre marque éponyme ANNE WILLI, mes amis et ma famille étaient au début très inquiets : « La crise ! La gestion ! Les commandes… Comment vas-tu faire ? Paris c’est la capitale de la mode et personne ne te connais !! »

Et bien, je vais essayer et faire au mieux ! Et c’est ce que j’ai fait: maintenant, nous sommes une équipe de 9 personnes avec 3 boutiques en propre et de nombreux clients multi marques dans le monde.

 

Quelle est la clé pour réussir à développer autant de boutiques ?

Je dirais prendre le temps, bien réfléchir à ses collections tout d’abord car c’est le principal. Pour mes trois boutiques, j’ai beaucoup observé les gens qui vivaient aux alentours en restant à proximité sur des terrasses et observant si les femmes qui s’y trouvaient seraient heureuses dans mes vêtements.

La clé, c’est aussi évidemment l’équipe, et la responsable de boutique: cette dernière va construire une clientèle, la connaître et ensuite va travailler avec moi sur les collections en donnant un regard critique et constructif. 

 

Un conseil « à faire » et un conseil « à ne pas faire » pour des créateurs qui souhaitent étendre leur marque à plus d’un point de vente ?

Dans notre monde qui va de plus en plus vite et dont la réalité peut être « falsifiée » par les réseaux sociaux, je dirais à nouveau prendre son temps d’observation et de calcul de rentabilité en limitant les risques afin d’avoir le temps de construire une clientèle: une boutique atteint son rythme de croisière après deux ans environ.

 

 

Comment es-tu arrivée à New-York ?

C’est aussi par une belle rencontre: j’ai une cliente française basée à Brooklyn qui venait régulièrement acheter ma marque et un jour après un salon à New-York décevant, je lui ai dit: «  là-bas, il faudrait que j’ouvre une boutique ! » et elle m’as répondu… Justement nous avons un centre d’art « The Invisible dog art center » et ouvrons en septembre un pop-up-store, voulez vous être la première ? Et ainsi, je suis arrivée !

Nous avons échangé notre appartement avec une famille de Brooklyn, puis y avons passé l’été en famille et j’ai ainsi vécu au rythme et climat new yorkais.

Depuis, j’ai créé une société américaine avec mon mari et la boutique a déménagé de façon pérenne sur la grande avenue d’Atlantic: nous y sommes depuis 2 ans déjà !

 

Et le Japon, un pays inspirant ?

Oh oui, les japonais ont été mes tout premiers clients dès la création de ma marque à Paris en 1998, j’ai découvert ce pays extraordinaire seulement il y a trois ans et j’adore ce grand raffinement et cette grande douceur qui se dégage de ce peuple. J’y ai une clientèle très fidèle.

 

 

Un projet spécifique en cours dont tu souhaiterais nous faire part ?

Cette année, nous avons tout d’abord un grand projet: nous déménageons notre studio de création dans les usines Bertheau d’Ivry (à l’heure ou je vous écris, une montagne de cartons est dans mon dos !). Nous étions jusque-là au coeur du 11ème, à Paris dans une ancienne galerie d’art sur rue et nous allons dans un Atelier sur jardin entouré d’architectes, de designers et de peintres. Un havre de paix créatif qui va permettre de développer la marque dans un contexte idéal.

Cet été nous avons également ouvert un pop-up store dans les Hamptons, à Sag Harbor, c’est un très joli port de plaisance dans l’état de New York: j’y vais bientôt pour y connaître la clientèle.

Enfin, LE grand projet cette année est d’ouvrir une boutique à Manhattan !

 

 

Je suis aussi Suissesses du coté paternel et toute ma famille est à Zurich. Je ne parle malheureusement pas la langue  mais me sens propre de la rigueur graphique de mes origines.

 

 

Le 16 et 17 juin prochain, Anne sera des nôtres à la Boutique Blue Velvet à Vevey et y présentera des pièces exclusives de sa collection printemps/été 2017 – une occasion unique de rencontrer la jeune créatrice. A ne pas manquer!

 

 

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